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Construisez le monde du futur - Build the world of the future

Stephane Baillie-Gee

17.12.04

Compétences multiples

Récemment, j'ai rencontré une dame américaine professeur de coaching dans une grande école française. Elle m'a confié qu'en dehors du coaching, elle avait de fortes compétences dans le domaine du tourisme.

Seulement, lorsqu'elle en fait état, elle rencontre des réactions qui lui renvoient des message que l'on peut résumer de la manière suivante : "on ne peut pas être coach et spécialiste du tourisme à la fois."

Habitué à ce genre de réaction, j'ai dit à cette personne que :
- il est non seulement naturel d'avoir plusieurs compétences,
- au contraire, il n'est pas naturel de croire qu'on ne peut être "bon" que dans un unique domaine.
Je l'ai aussi engagée à "sortir du placard".

Maman et Manager

Notre vie de tous les jours est remplie d'exemples qui montrent que l'on peut avoir des compétences élevées dans plusieurs domaines. Tout simplement, une mère de famille peut être excellent cuisinière ET excellente maman. Et elle pourra être en même temps championne de tir ou d'art martiaux.

Mais dans le domaine professionnel, cette possibilité n'est le plus souvent pas reconnue. Pourtant, un bon manager est compétent en management, communication, en gestion, etc. Il n'en demeure pas moins, l'opinion dominante est qu'avoir de multiples compétences, c'est louche !

Précision : cette "loucheté" est bien française, mais méfions nous des généralités. Voici quelques raisons qui permettront de comprendre pourquoi "c'est louche".

La première raison tient à une erreur cognitive qui assimile le temps et les compétences, qui n'ont rien à voir avec le temps. La deuxième raison est liée au besoin de contrôler la réalité et aux peurs qui y sont associées.

1 -Le temps et l'intemporel

Dès le plus jeune âge, on nous rappelle qu'il faut faire "une seule chose à la fois". Il est vrai qu'apprendre une leçon de maths en regardant la télé tout en prenant son goûter peut ne pas de résultats convaincants, au moins pour les math. En imposant à juste titre cette rigueur aux enfants, nous stimulons leur capacité de focalisation.

De plus, le temps se déroule de manière linéaire (surtout dans notre acception occidentale moderne) et il est donc légitime d'accorder le flux temporel et nos actions.

Pourtant, nous faisons tous de multiples choses simultanément, et ceci de manière permanente. Il s'agit de tâches automatiques qui ne demandent pas d'implication consciente. Au départ, elles nécessitaient un investissement personnel, mais plus maintenant.

On sait par exemple qu'il est possible, avec un peu d'entraînement, de copier un texte tout en écoutant quelqu'un nous lire une histoire et de pouvoir raconter les deux à la fin de l'opération (l'expérience de Léo Solomons remonte à 1896!).

Notre société moderne est prisonnière de sa perception linéaire de l'univers. Les causes de ce blocage de perception ne sont pas l'objet de cet article, mais nous nous évertuons tous, de manière permanente à pouvoir tout mettre en listes, en cases et en formules.

En termes de compétences au sens de coach ET spécialiste du tourisme, ou, dans mon cas personnel, de techniques de communication interpersonnelle ET d'Internet, la problématique va plus loin, mais elle demeure liée à notre organisation cérébrale.

Droite et Gauche
Voici un bref rappel de la distinction droite-gauche. Notre cerveau droit fonctionne de manière globale, alors que l'hémisphère gauche est analytique.

Sachant que les "commandes" sont croisées, les membres droits sont commandés par le cerveau gauche et réciproquement. Ceci est à rapprocher du fait que dans notre société, la majorité des gens sont droitiers, donc principalement pilotés par le cerveau gauche, donc analytiques.

Lorsque nous rejetons à priori la possibilité d'avoir plusieurs compétences, nous sommes complètement dans un fonctionnement "gauche" qui n'aime pas nécessairement les situations "et", et les remplace par des "ou". Effectivement, tout classer peut être difficile, et il faut parfois procéder à des exclusions.

En revanche, lorsque nous utilisons notre cerveau gauche, la perception globale n'est plus exclusive, mais au contraire inclusive.

Accepter l'inclusion est à rapprocher du goût du paradoxe que savent manier les bons enseignants et les bons managers.

Effectivement, avoir plusieurs compétences peut paraître paradoxal, mais nous avons tous le temps, dès l'enfance, de cultiver des compétences multiples et non nécessairement connexes. Nous verrons pourtant plus bas que ceci est mathématiquement contestable.

Le paradoxe est en réalité source d'émulation, aussi bien personnelle qu'en relation avec notre environnement. Dans le regard des autres, il peut cependant être source d'inconfort, et donc d'exclusion automatique.

Si vous êtes de ceux qui ont du mal à communiquer sur le fait que vous avez des compétences multiples (car nous en avons tous!), demandez-vous si l'inconfort vient de vous ou du regard des autres.

S'il vient de vous, vous avez encore besoin de travailler vos compétences sociales.

S'il vient des autres, vous pouvez, si vous le souhaitez et si vous êtes équipé pour, leur demander de creuser la question. Il y a fort à parier que la réponse se fera sous forme de pirouette express. La raison ? Ils sont bloqués dans leur cerveau gauche et n'ont pas accès à une perspective globale qui leur permet de vous accueillir dans leur domaine de perception.

Ceci nous amène à la deuxième raison, liée au besoin de contrôler la réalité.

2 - Le temps et la réalité

Lorsque nous sommes bien linéaires, bien bloqués dans la partie gauche de notre cerveau, nous fonctionnons sur "une patte". Mais d'un autre coté, nous sommes de bons garçons et de bonnes petites filles.

Explication : dans cette situation, nous sommes perdus entre le fait de faire les choses comme on nous l'a toujours enseigné et celui d'accepter la réalité telle qu'elle se présente.

Cet inconfort est source de stress, mais ceci n'est pas l'objet du présent article.

J'ai expliqué plus haut que notre capacité de focalisation est stimulée dès notre enfance. De plus, pour paraphraser Laborit, il est clair que notre environnement social (familial, scolaire, professionnel) fait la promotion des "recettes qui marchent". Sans réellement chercher à les changer

Je vous laisse le soin de faire une liste de ces recettes. Juste pour vous lancer, en voici quelques une : "passes ton bac", "termines tes études", "sois performant au travail", etc.

Remarquez que toutes ces recettes partent d'un bon sentiment. Et que parfois elles arrivent au résultat inverse? Indépendamment de la charge morale qui est appliquées (exemple : le bon père/manager en façade qui n'en est vraiment pas un).

Remarquez aussi qu'en dépit de cela, elles évoquent parfois un sentiment de rejet total de notre part. Vous vous souvenez peut-être d'un "dis bonjour à la dame" alors que vous ne pouviez pas supporter la dame.

Mais à la vitesse où notre monde évolue (et il ne s'agit pas ici d'un stéréotype de comptoir, car ce monde évolue réellement de plus en plus vite), rien ne prouve que ces recettes fonctionnent ou pourront fonctionner encore longtemps.

D'un autre coté, nous sommes le plus souvent récompensés par nos aînés et nos supérieurs pour avoir bien appliqué les recettes. Il faut noter ici que nos supérieurs sont dans de nombreux cas nos supérieurs justement parce qu'ils ont eux aussi bien appliqué les recettes.

Maintenant, faisons le calcul. Pour être "bon", avoir des compétences solides dans un domaine, il faut bien cinq-six ans après le bac. Un peu d'expérience professionnelle par-dessus, ça nous amène à la trentaine. Voire une petite quarantaine dans le secteur médical.

Imaginez maintenant que vous ayez une autre compétence. Pour un cerveau gauche, ça n'est tout simplement pas possible, car vous n'avez pas le temps ! Et si vous avez eu le temps, alors vous êtes trop "vieux" (aussi une belle erreur cognitive des cerveaux gauches !).

En ce qui me concerne, pendant que je peaufinais mes compétences de journaliste et de directeur de journal, j'ai aussi pris sur mes heures de liberté pour devenir un bon plongeur professionnel. Rassurez vous, je ne vends plus mes prestations de plongeur sous-marin !

En conclusion, si vous avez plusieurs compétences, travaillez les, développez les.

Et si vous rencontrez quelqu'un que cela rend inconfortable, rassurez-vous? cette personne est plus à plaindre que vous !

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